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Chers Adoptants,

J’ai voulu écrire ce texte pour expliquer pourquoi, parfois, certains éleveurs, dont moi même, refusent de vendre des chatons non stérilisés juste pour une portée à des non professionnels. Je ne dis pas tout, mais ça donne un bon aperçu que ce qu’est notre quotidien en temps qu’éleveur et donc ce qui vous attend si vous décidez de faire faire des bébés à vos chats “juste pour le plaisir” même si c’est pour une fois seulement.

Je pratique la stérilisation précoce, ce qui veut dire que mes chatons quittent la maison stérilisés quand ils sont vendus pour compagnie. Pour reproduction c’est différent bien évidemment!

Mais je reçois beaucoup de demandes de chatons non stérilisés au prix d’un chaton de compagnie, avec l’argument, “mais je veux juste faire une portée et après je le (ou la) stérilise”.

Que l’on fasse 1 portée ou 5, le chat sera un chat de reproduction, donc avec des critères d’un chat de reproduction et tout ce qui va avec y compris le prix. Je m’explique, car bien souvent, les personnes qui ne sont pas du métier ne se rendent pas compte de ce que cela implique. Ce que je comprend tout à fait !

Pour un mâle non stérilisé, l’inconvenient majeur qui se produit quasiment dans tous les cas, c’est le marquage intensif d’urine dans toute la maison, tous les jours !

L’urine de mâle entier sent très fort ce qui devient vite invivable pour son propriétaire. Sans parler de la frustration du chat qui sent éventuellement des femelles en chaleur à l’extérieur et ne saillit pas. Souvent, avant même de lui avoir trouvé une belle, le propriétaire fait castrer le chat, mais cela ne garantit en rien le fait qu’il arrête de marquer une fois castré. Certes cela sentira moins fort, mais il faudra quand même nettoyer, et ces chats marqueurs finissent malheureusement dehors ou à la SPA alors qu’une stérilisation précoce évite dans la plupart des cas ce problème.

Pour ce qui est des femelles. Car c’est plus souvent pour elles que les éleveurs ont ce genre de demande puisque ce sont elles qui font les bébés. Une envie que je comprend parfaitement car il est vrai que c’est adorable une portée de chatons. Mais quand tout se passe bien ! Et croyez en mon expérience tout ne se passe pas toujours bien . Malheureusement il y a souvent des ”couacs” qu’il faut savoir gérer sous peine de voir les bébés mourir , voire la mère.

Tout d’abord ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que les filles aussi marquent leur territoire, certaines uniquement pendant leurs chaleurs, d’autres tout le temps. Et une femelle qui marque ne se contente pas d’un jet d’urine contre le mur ou un meuble aux 4 coins de la maison, elle aime avoir un certain confort… Elle va pisser sur du moelleux: les coussins du canapé, le canapé, les plaids, l’oreiller du petit (ou/et des grands), la couette, dans les placards restés ouverts sur la pile de vêtements, dans la panière de linge sale (ou propre en attente de repassage), la peluche sur le lit, la poire bien sympa du salon, la table de la salle à manger, etc etc… Bref un vrai régal de nettoyer tout ça! Quand c’est possible, car un canapé en tissu résiste pas très longtemps à des assauts répétés, et fini rapidement sa vie à la déchetterie. Et tout comme pour le mâle, une stérilisation ne garantira pas un arrêt des pipis partout. Ca c’est pour le côté désagréable pour le propriétaire. ¨Passons au côté santé pour la minette.

Il faut savoir qu’une chatte n’a pas “besoin” de faire des bébés pour s’épanouir (c’est du pur anthropomorphisme).

Pour comprendre au mieux ce qui suit, il est important de savoir que pour qu’une chatte ovule il doit il y avoir saillie. Sans saillie on dit que l’utérus “travaille” à vide et cela génère bien trop souvent des problèmes lors de chaleurs très fortes ou à répétition.

Ah oui!! Autre chose de très désagréable pour le propriétaire: une chatte peut avoir des chaleurs très fortes et miauler très fort H 24 pendant toutes ses chaleurs, soit 1 à 2 semaines, et elles peuvent revenir fréquemment (tous les 15 jours). Donc il faut être prêt à supporter ses miaulement jour et nuit et supporter de la voir terriblement frustrée de ne pas avoir de mâle à se mettre sous la dent, et pour vous Messieurs à supporter qu’elle vous colle en permanence et se frotte parce qu’elle sent en vous la testostérone.

Les chaleurs à répétition donc… Si la femelle n’est pas saillie qu’est ce qu’elle risque? Elle risque une métrite (infection de la paroi utérine), ou pire un pyomètre (pu dans l’utérus) qui peut se terminer en septicémie , ou encore une mammite. Autant d’affections, qui, si elles ne sont pas prise à temps ou soignées correctement, peuvent avoir une issue fatale.Il faut donc savoir surveiller et reconnaître les signes avant coureurs d’une infection pour ne pas risquer la vie de notre chère minette. Là, souvent, on me dit :”Oui mais je vais lui donner la pilule en attendant comme ça je serais tranquille”. Sauf que la pilule est dangereuse elle aussi. De très nombreux cas d’affections utérine et mammaire ont été rapportés et la plupart se soldent malheureusement par le décès de l’animal. Donc on oublie la pilule.

Maintenant, admettons que notre chatte a eu des chaleurs sans conséquences, que tout va bien pour elle ( oui ça arrive quand même heureusement! 🙂 ). Il faut trouver un mâle reproducteur pour pouvoir avoir des bébés. Deux options s’offrent à nous:

  • Nous achetons un mâle reproducteur
  • Nous payons les “services” d’un mâle extérieur.

1 er cas nous achetons un mâle:

Pour acquérir un mâle il faut faire quelques recherches, et c’est pas si simple que ça!

Tout d’abord il faut penser à la race (type et santé). Sous entendu bien sûr que nous avons une femelle avec un bon standard de race qui peut prétendre à reproduire, car on ne fait pas reproduire une chatte qui a des défauts transmissibles rédhibitoires. Nous avons donc une femelle apte à reproduire, mais comme le chat parfait n’existe pas, elle a forcément quelques petits défauts que l’on va essayer de corriger. Donc dans un premier temps nous allons lister ses “défauts”, ce qui implique que l’on connait le standard de race et que l’on sait observer un chat. Pour se parfaire à cet exercice je vous conseille vivement de participer à des expositions félines où vous rencontrerez des juges qui vous aideront à vous “faire l’œil” et vous verrez par la même occasion d’autres chats de la même race que le votre et pourrez connaitre ainsi un peu mieux la race. Une fois cela fait il va falloir trouver un mâle qui va corriger les défauts de la femelle et pas les accentuer ( à savoir aussi que certains défauts sont plus difficiles que d’autres à rattraper).

On a donc maintenant en tête, le type de mâle que l’on recherche. Il va falloir choisir sa couleur. Et oui on ne marie pas ensemble certaines couleurs sans en connaitre les conséquences. Il faut donc se documenter sur la génétiques des couleurs pour ne pas faire n’importe quoi. Une fois tout cela fait, on peut se mettre à la recherche de notre bel étalon! Il faut donc trouver un éleveur sérieux qui voudra bien nous vendre un mâle en reproduction. Le parcours du combattant commence. Car tout éleveur sérieux s’assurera que nous avons les connaissances nécessaires à l’élevage avant de nous confier son bébé. Il va falloir montrer patte blanche et toute notre motivation. Il faut aussi trouver un éleveur sérieux et pas un “naisseur” qui vous vendra ce que vous voulez du moment que vous payez, sans aucun suivi, sans travail particulier des lignées. Une fois l’éleveur trouvé et la confiance établie, il faut choisir un chaton qui, adulte, aura les qualités requises. C’est à dire que déjà, il faut être capable de voir ce qu’il va devenir ( imaginez vous regarder un bébé humain de 1 an et être capable de savoir la tête et la morphologie qu’il aura à 20 ans… pas facile du tout, on peut très bien se tromper.). Maintenant le pedigree, il faut s’assurer que la lignée du mâle n’est pas trop proche de celle de notre femelle afin d’éviter un taux de consanguinité trop élevé. Que les parents sont testés pour toutes les maladies héréditaire pour lesquelles les tests existent ( ADN ou / et échos), que le chaton est testé si un des parent est porteur sain (encore un peu de génétique à apprendre au passage). Notre femelle est bien évidemment elle aussi testée pour ces maladies et pour connaitre son groupe sanguin (très important pour éviter des incompatibilités à la naissance ). Avec ces différents tests on pourra savoir si le mariage est compatible ou pas.

Voilà , nous avons notre mâle. Il faut le laisser grandir, gérer les chaleurs pour éviter des saillies trop précoces ou non voulues, et/ou attendre que monsieur trouve la notice pour faire des bébés (certains sont très précoces, d’autres saillissent très tard, voire pas du tout… Encore un coup de poker, il faut attendre pour savoir) et c’est pareil pour la femelle, rien ne garantit qu’elle fera des bébés un jour.

2 ème cas nous louons les services d’un mâle extérieur ne nous appartenant pas:

Dans ce cas là la selection du type est plus facile puisque le mâle est déjà adulte. La difficulté réside à trouver un mâle qui a toutes les qualités que l’on recherche. La plupart des éleveurs refusent de faire des saillies extérieures à cause des maladies. En effet introduire un nouveau chat dans une chatterie est un risque non négligeable car ce chat peut amener tout un tas de maladies ou parasites dont il est très difficiles pour certains de se débarrasser. Cela peut avoir des conséquences sur la santé des chats de l’élevage, financières et émotionnelles non négligeables. Avec une saillie on ne peut pas faire de quarantaine comme il est d’usage lorsque l’on introduit un nouveau chat. En effet si on attend les 3 semaines de quarantaine pour présenter la femelle au mâle elle n’est déjà plus en chaleur… c’est compliqué d’avoir des bébés dans ce cas.Il faut donc trouver un éleveur prêt à prendre ce risque. Il nous demandera de tester notre chatte FIV, FELV, une copro en PCR pour s’assurer qu’elle n’a pas de parasites internes (ces tests là ont un coût assez élevés…) . Dans l’autre sens il faudra s’assurer que le mâle est lui même exempt des même pathologies. Et il faut accepter de prendre le risque aussi…

Nous en arrivons à la gestation ( nous avons trouvé un mâle, soit qui nous appartient, soit une saillie extérieure). C’est un grand moment où nous attendons avec impatience  la venue des tout petits bibous dont nous rêvions. Le rêve devient enfin concret. Il ne faut pas relâcher notre vigilance, au contraire. Pendant la gestation la femelle est plus vulnérable, il faut donc la surveiller de près, savoir détecter si quelque chose ne va pas, pratiquer un suivi vétérinaire ( écho de contrôle, radio pour savoir combien il y a de bébés (comptage non garanti suivant le nombre de chatons)),veiller à ce qu’elle ait une alimentation adaptée à son état, pouvoir l’isoler le moment venu dans un endroit douillet où elle se sente en sécurité, à l’abri des autres animaux de la maison, mais aussi de toute l’agitation quotidienne d’un foyer ( on ne prévoit pas de faire accoucher une chatte dans un coin du salon). Il faut aussi prévoir tout un tas de matériel pour la mise bas (alèses, alcool, clamps, ciseaux, bétadine, lait chaton, biberons, etc etc…), c’est pas le jour de la naissance que l’on doit se rendre compte qu’on a oublié d’acheter du lait.

Notre chatte montre les prémices d’un accouchement entre les 63 et 66 ème jour de gestation ( je passe sur une mise bas prématurée…), il faudra avoir prévu de poser un jour de congé (pour ceux qui travaillent à l’extérieur) car il est inconcevable de laisser une chatte accoucher seule surtout pour une primipare. Imaginez vous enceinte jusqu’aux yeux devoir accoucher seule chez vous de votre premier enfant sans que jamais personne ne vous ait expliqué ce qui allait vous arriver, c’est faisable, mais un poil stressant. Vous allez me dire ” oui mais les gouttières accouchent bien toute seules dehors sans personne et il y a plein de chatons”. Certes, mais combien s’en sortent sans perdre de bébés et en pleine santé? Quand NOUS décidons de faire naître des chatons, la moindre des choses est de pouvoir leur donner toutes les chances, à eux et à leur mère, pour que cela se passe dans les meilleures conditions possibles.

Comme dit plus haut on a prévu un endroit douillet pour l’accouchement. Mais Madame ne veut pas, elle a décidé de faire ses bébés sur notre lit ( ce qui est mon cas , toutes mes femelles accouchent sur mon lit, et il y a pas moyen de leur faire changer d’avis… hihi), adieu couettes, oreillers, draps… En général la mise bas se passe bien, mais dans quelques cas une intervention en urgence chez le véto s’impose (une césarienne par exemple), il faut donc avoir un veto disponible 24h/24 et 7j/7 parce que vous imaginez bien qu’elles accouchent pas toutes à 10h du matin et surtout savoir quand appeler le véto. Parfois la maman ne sait pas faire, donc il faut dégager les bébés de leur poche, couper les cordons, aider à sortir un bébé coincé , aspirer un bébé qui a bu la tasse en sortant, gérer un mort né, un mal formé, un éviscéré… Il faut également compter les placentas, s’assurer qu’ils sont en bon état, bref passer de nombreuses heures avec votre minette sans relâcher la surveillance.

Une fois les bébés nés il doivent manger , parfois il faudra se substituer partiellement ou totalement à la mère en donnant un biberon toutes les 2 h jour et nuit, continuer de surveiller la mère (là aussi risque de métrite et de mammite) . Si on a une vie à coté on l’oublie totalement car on pense chaton,  on vit chaton H 24 et on est épuisé.

Un chaton est fragile jusqu’à ses 3 mois à peu près ( cela dépend beaucoup des individus), il faut être prêt à faire face à des maladies, un sevrage qui peut être difficile, des blessures…Il faut aider la maman à l’éducation également, se préparer psychologiquement à la perte éventuelle d’un chaton (toujours très difficile tellement on s’est investi) Et passer beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps à les papouiller pour les rendre sociable ( la partie la plus agréable de la chose! 🙂 ). Il faut avoir également une hygiène des locaux irréprochable, nettoyage des surfaces au détergent, puis désinfection et cela quotidiennement, pouvoir expliquer à notre famille et nos amis pourquoi on leur fait se désinfecter les mains et mettre des sur-chaussures avant de rentrer dans la maison (cela leur parait souvent abusif pour des chats, mais ils peuvent être vecteurs de maladies surtout si ils possèdent des chats qui ont accès à l’extérieur. Ma mère s’est vexée quand je lui ai demandé de faire ça avant de rentrer chez moi, quand je lui ai expliqué ce que ça pouvait générer sur mes chatons elle a compris et s’est pliée aux règles d’hygiène, comme quoi c’est pas forcement compréhensible de suite).

Le côté législatif maintenant. Pour pouvoir faire naître des chatons chez nous, nous devons mettre notre habitation aux normes en vigueur que l’on soit professionnel ou pas. Soit: avoir une pièce dédiée pour les naissance (la nursery), une infirmerie , une pièce de quarantaine ( ces pièces doivent avoir un équipement spécifique ) et un protocole sanitaire assurant à la DDPP que nous avons une hygiène irréprochable.

Je n’ai pas parlé du côté financier. Il est nécessaire d’avoir des fonds disponibles pour pouvoir faire face à d’éventuelles dépenses imprévues ( surtout des frais vétérinaires qui peuvent vite s’avérer exorbitants ( une césarienne en urgence dans la nuit du samedi au dimanche ne coute pas 100 euros). Penser aux frais pour les tests des géniteurs, l’alimentation, les échographies, radio, puces, vaccins, travaux de mise aux normes de la maison, inscription au LOOF, etc etc…La facture monte très vite. Une fois les chatons vendus il ne faudra pas oublier non plus de déclarer les revenus générés aux impôts qui se feront un plaisir d’en prélever 33 %…

Maintenant il faut trouver une gentille famille à nos chers bébés, donc cela implique le sacrifice de quelques week-ends pour les recevoir chez vous.

 

Voilà donc Mesdames et Messieurs pourquoi le métier d’éleveur ne s’improvise pas, même pour une seule portée, pour le plaisir. Du plaisir il y en a énormément, car heureusement il n’y a pas des catastrophes à chaque fois. Il faut juste être conscient de ce qu’il peut arriver si vous décidez de faire naître des chatons, être prêts émotionnellement,financièrement , mais surtout acquérir toutes les informations nécessaires avant de se lancer. Quoi de plus merveilleux pour moi que de voir les étoiles dans les yeux de mes adoptants quand je leur mets leur bébé dans les bras… Ces moments de bonheur avec mes adoptants et mes chatons quand tout va bien me font supporter les heures où j’ai pleuré mes chatons décédés, oublié les heures de sommeil que je n’ai pas eues, les heures de ménage, les angoisses , et la boule au ventre quand mes bébés quittent leur nid pour aller dans leur nouvelle maison.  Donc si vous aussi vous êtes prêts à tout ces sacrifices j’accepterai certainement de vous vendre un chaton entier et je serai présente pour vous accompagner dans cette merveilleuse aventure.

Amicalement

Véronique LAMBERT

 

 

 

 

 

 

Véronique

4 thoughts on “” JE VEUX JUSTE FAIRE UNE PORTEE UN JOUR ET APRES JE STERILISE”

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